Chapitre 19

« Tu m’as bien entendu, Rebeke. Ils ne veulent plus repartir à présent. Ni l’un ni l’autre. Tu n’es pas obligée de me croire, ceci dit. Tu n’as qu’à leur poser la question toi-même, tant que tu fais bien attention à ne pas fatiguer Jace. C’est elle qui est malade maintenant. Le garçon s’est bien remis. Il apprend vite, le mioche. Tu devrais voir l’endroit qu’il s’est aménagé dans la cave. Tu te souviens comme tu pétrissais la pâte pour moi autrefois ? Eh bien le gamin...

— Où est Jace ? demanda Rebeke d’une voix douce.

Elle n’avait aucune envie de se voir rappeler un passé qui n’avait plus rien à voir avec son présent. Mickle n’en remarqua pas moins les rides d’inquiétude étrangères à l’aspect lissé du visage de la Ventchanteuse. Même changée comme elle l’était, il était capable de percevoir la fatigue et la tension qui pesaient sur elle.

— Prends d’abord une tasse de thé, suggéra-t-il avec audace. Ou un petit verre de vin.

Rebeke se laissa presque convaincre par l’affection dans sa voix. Pourquoi pas ? Un verre de vin pris à table en compagnie du vieil homme, pour oublier pendant quelques instants les Limbreth, les portes et l’équilibre entre les mondes. Non. Le temps était pouvoir : à saisir tout de suite ou à abandonner pour toujours.

— Je ne peux pas, Mickle, lâcha-t-elle d’une voix basse mais mélodieuse. Nous pourrions jouer le jeu pendant un moment, mais au final, nous le regretterions tous les deux. Le passé ne peut être recréé. Laisse-moi voir Jace à présent.

Elle avait prononcé ces derniers mots avec le ton d’une Ventchanteuse qui ne tolérait pas le refus. Les épaules du vieil homme retombèrent. Il fit un geste en direction de la porte.

— Elle est à l’intérieur. Laisse-moi aller lui annoncer que tu veux lui parler.

Elle regarda la tenture de la porte retomber derrière lui et se demanda ce qu’il allait dire à Jace. Qu’une vieille amie à lui était venue la voir ou qu’une Ventchanteuse était ici pour la questionner ? Cela avait-il la moindre importance ? Ce n’était que lorsqu’elle venait ici qu’elle ressentait ces débuts de regrets à propos des choix qu’elle avait faits et de l’être qu’elle était devenue. Dresh ne lui avait jamais fait regretter sa décision, même s’il lui arrivait de souhaiter qu’il puisse la comprendre. Mais ici ? Elle ne désirait pas que Mickle l’admire pour tout ce qu’elle avait réussi à faire et encore moins qu’il soit impressionné par ses pouvoirs. Il était la seule personne à lui avoir jamais fait souhaiter d’être aimée en tant que Rebeke. Venir ici était une erreur.

Il revint très rapidement et écarta la tenture sur le côté en lui faisant signe d’entrer. Jace, entourée d’un luxe de coussins au milieu du grand lit de Mickle, évoquait pour Rebeke l’image d’une fleur pressée. Les couleurs étaient toujours là, dans sa chevelure, ses yeux et sa peau, mais elle paraissait aussi fragile que du papier fripé. Ses longues mains aristocratiques n’avaient plus que la force d’agripper les bords de l’édredon. Mickle se plaça à ses côtés et cala un coussin supplémentaire dans son dos. Les yeux que la femme tourna vers Rebeke étaient éteints, incapables d’être surpris par quoi que ce soit.

— Ne va pas lui poser trop de questions, d’accord ? Tu vois comment elle est : elle a à peine autant de forces qu’un chaton noyé. Mais elle finira par récupérer ; Mickle va s’en assurer.

Il pencha la tête pour s’adresser à Jace.

— Voici la Ventchanteuse dont je vous ai parlé, ma Rebeke. Elle veut vous poser quelques questions et vous devriez faire de votre mieux pour y répondre. Mais vous n’aurez qu’à me faire signe quand vous serez fatiguée et nous arrêterons.

En ayant terminé avec les coussins, il s’ingéniait à présent à lisser l’édredon pour s’assurer qu’il était bien à plat sur le lit, comme s’il s’était agi d’une nappe sur une table. Après quoi il alla verser pour Jace un verre d’eau fraîche tiré d’un pichet posé sur la commode près du lit. Pendant tout ce temps, il n’avait cessé de couler des regards en biais vers Rebeke. Il finit par braquer les yeux sur elle tandis qu’il plaçait précautionneusement le verre à portée de l’invalide. La Ventchanteuse lui rendit son regard. Finalement, il se redressa avec un soupir et se plaça devant elle.

— Alors, tu te décides à lui poser tes questions ?

— Ne vas-tu pas sortir pour nous laisser parler en privé ?

Mickle se hérissa.

— Rebeke, qui que tu puisses être, ceci est ma maison et Jace mon invitée. Je ne vais pas la laisser se faire harceler ou être forcée à dire « oui » quand sa réponse est « non ». Je me souviens très bien de l’habileté avec laquelle tu manies la langue, et je sais que tu n’as fait que gagner en maîtrise.

Il se tourna vers Jace.

— Même quand elle n’était qu’une petite gamine de rien, elle pouvait vous convaincre de faire passer les plus belles miches de l’étalage jusque dans ses poches !

— Mickle ! intervint Jace tandis que Rebeke décochait un regard noir au vieil homme. Si vous vouliez bien...

Elle inspira difficilement et il se pencha sur elle, plein de sollicitude.

— Juste un peu de vin, peut-être, pour humecter ma gorge et m’aider à trouver la force de parler ?

— Bien sûr. Bien sûr, très chère. Je reviens dans un instant.

Il sortit avec un empressement que Rebeke n’aurait jamais pu obtenir en lançant tous les ordres du monde.

Les deux femmes le regardèrent sortir avec une certaine tendresse, puis Rebeke s’avança rapidement jusqu’au pied du lit. Ses yeux expérimentés évaluèrent rapidement l’état de santé de Jace.

— Mickle me dit que vous ne souhaitez plus repasser la porte pour retourner dans votre monde ?

Jace répondit lentement, en s’arrêtant souvent pour respirer.

— C’est vrai. Je sais que nous ne pouvons pas repartir. Pas maintenant. Chess. Vous ne comprendriez pas. Il n’appartient plus à mon monde. Il appartient au vôtre à présent, bien qu’il ne puisse pas en supporter la lumière. Je ne pourrai pas le ramener. Ni repartir seule. Nous allons donc rester.

Rebeke se mit à faire les cent pas à travers la pièce.

— Je ne peux pas dire que je comprenne vos raisons. Il n’y a pas grand-chose qu’on soit en mesure de faire à un enfant de son âge qui ne puisse être défait avec de l’attention et du temps. Vous en parlez comme d’un jouet cassé et non comme de votre fils blessé qui a besoin des soins prodigués par son pays natal.

— Vous ne comprenez pas. (Jace était inflexible.) Nous sommes contaminés maintenant. Qui apporterait de telles choses dans des foyers n’ayant jamais connu la corruption ? Nous sommes des parias, condamnés à passer le reste de notre existence ici et à ne trouver la paix que dans la mort.

— Ne soyons pas si dramatiques, l’interrompit Rebeke. Essayez de réfléchir un moment. Le sort d’autres personnes est aussi enjeu. Ki, qui est passée de l’autre côté en pensant que son compagnon avait besoin d’elle, d’après ce que Chess a expliqué à Mickle. Et Vandien, qui est passé non seulement pour Ki mais aussi pour vous, pour tenter de vous ouvrir une porte de sortie. A moins que vous ne retourniez chez vous, ils ne pourront pas rentrer chez eux. Allez-vous rompre l’accord conclu avec Vandien ?

— Après avoir vu notre monde, choisirait-il de le quitter ? Je ne le pense pas. Il va y trouver un apaisement pour les aspects les plus torturés de son âme et il y apprendra une meilleure façon de vivre. Je ne lui fais aucun tort en restant ici. Ce sera même peut-être la seule bonne chose qui en ressortira.

Rebeke arpentait un nouveau circuit à travers la chambre, écoutant à peine les propos de Jace. Son esprit retournait le problème en tous sens à la recherche d’un autre angle d’attaque.

— Vous avez vu ce monde. Et vous parlez des Limbreth comme si vous en saviez beaucoup à leur sujet. De tout ce que vous avez pu voir de ce monde, quel présent satisferait le plus le Limbreth ?

Jace se tut. Son visage perdit toute expression. Ses yeux se révulsèrent brusquement et elle fut prise de convulsions. Mais alors que Rebeke bondissait vers la porte pour appeler Mickle, les yeux de Jace s’ouvrirent de nouveau. Ils posèrent sur Rebeke un regard intelligent mais singulièrement désincarné.

— Enfin, tu touches au cœur du sujet, lança Jace d’une voix atone.

Ses yeux quittèrent Rebeke pour examiner la pièce avec indifférence.

— Tu sembles hésiter entre cajoleries et menaces. Ou bien ton intention de contacter les Rassembleurs n’était-elle qu’une vantardise sans substance ?

La bouche de Rebeke était devenue cotonneuse. Elle l’entrouvrit pour parler avant de serrer ses lèvres l’une contre l’autre. Le Limbreth, d’une manière ou d’une autre, était ici et elle n’y était pas du tout préparée. Moins elle parlerait, moins elle risquait de dévoiler les faiblesses de sa position. Mais la Limbreth-Jace restait silencieuse et impassible. Elle attendait. Rebeke prit le risque de poser une question.

— Comment parlez-vous à travers Jace ?

— Jace. C’est ainsi que celle-ci se nomme. Peut-être comprendras-tu mieux ma position si je l’explique. Jace n’est qu’une manifestation de moi. C’est le cas de tout ce qui se trouve dans mon monde, même si je ne dote pas tout de cette conscience de soi. Elle se perçoit évidemment comme un organisme distinct. J’ai pensé autrefois que cet arrangement serait amusant et pourrait donner lieu à une certaine diversification. Cela n’a pas été le cas. Cette créature reste une partie intrinsèque de mon être, de même que les arbres, la route ou l’eau. Nous ne faisons qu’un. Et si j’ai choisi de m’exprimer physiquement par le biais d’une multitude, cela ne change rien. Vous, les humains, avez deux mots pour définir notre condition : solitude, ennui.

Rebeke expira brusquement.

— Je commence à comprendre. Si tout ce qui se trouve dans votre monde fait partie de vous, tout nouvel esprit serait le bienvenu. Mais vous n’avez que faire de ces deux-là.

— Ni de Vandien ou de la Brurjan. Des créatures des plus insoumises. Ils ne s’abandonneront pas à moi. Ki, par contre, a été une révélation. Son esprit n’est pas une boîte fermée qu’il faut ouvrir mais une toile qui relie l’ensemble des points qu’elle a touchés. Tu sais de quoi je parle. Tu possèdes toi aussi cette conscience aiguë des choses.

— C’est le cas de tous ceux qui ont le pouvoir, admit involontairement Rebeke.

— C’est ce que j’en suis venu à réaliser ; et le don de Ki en la matière est mince comparé au tien. Nous allons donc sceller un accord ; mais pas du fait de tes stupides menaces. Quelques humains dans mon monde n’intéresseront pas plus les Rassembleurs que tu ne te soucierais de quelques colombes parmi tes poulets.

— Alors pourquoi vous efforcer de maintenir l’équilibre de la porte ? demanda Rebeke.

Elle s’était assise sur le coffre à vêtements de Mickle et plongeait son regard dans celui de la créature alitée.

— Par souci d’esthétisme, improvisa le Limbreth. (Rebeke fut convaincue qu’il mentait.) Et pour me doter d’yeux au sein de votre monde. Non pas que je trouve cela très satisfaisant. Depuis toujours, je vis avec mes propres pensées, réactions et impressions. Vous ne pouvez pas créer de stimulus ici que je ne pourrais dupliquer avec plus d’intensité dans mon monde. « Une masturbation éternelle... » Il y a quelques-unes de vos décennies, une Ventchanteuse m’a envoyé un poète qui l’avait mécontentée. C’est ainsi qu’il a exprimé les choses lorsque j’ai tenté de lui exposer notre nature afin qu’il compose de nouvelles chansons pour nous. Mais il est devenu fou et il a échoué. Ils deviennent tous fous, ou bien ils meurent ; ils survivent si peu de temps. Même Ki. Elle mourra bientôt. Mais elle a duré plus longtemps que ce à quoi nous nous attendions et donc nous l’avons étudiée et nous savons à présent quelque chose que nous ignorions auparavant. C’est le pouvoir en elle. Un être entraîné à utiliser ce pouvoir pourrait durer indéfiniment auprès de nous. Une idée plaisante.

— Cela ne me plaît pas, à moi.

Rebeke devait faire un effort pour maintenir son corps immobile. Elle maudit intérieurement Yoleth, effrayée par la tournure que prenait la conversation.

— Cela devrait. Car à présent, nous sommes d’accord pour procéder à un échange. Vandien et Ki contre deux êtres sachant manier le pouvoir. Nous en avons déjà sélectionné un. Elle répondra à notre appel, qu’elle le veuille ou non. Nous te demandons de trouver l’autre. Un seul.

— Un seul, c’est déjà trop. Il n’y a personne que je livrerais à votre appétit.

— Regrettable. Mais je vais te faire la même offre que celle que tu m’as faite. Si tu changes d’avis, viens demain durant votre période nocturne et aide à ouvrir une porte. L’information suivante simplifiera peut-être ton choix : si tu ne viens pas, une porte sera néanmoins ouverte et nous appellerons celle que nous avons choisie. Car nous avons la possibilité d’ouvrir une porte par nous-mêmes, même si Jace pourrait ne pas trouver cela très agréable. Si vous nous y contraignez, nous prendrons toujours l’une d’entre vous, mais tout ce que vous récupérerez en échange sera la Brurjan à l’esprit dérangé.

Rebeke n’avait rien à répondre. Elle se sentait mal. Elle vit Jace retomber au milieu des coussins comme une marionnette abandonnée. De fait, était-elle autre chose ?

Les réflexions de Rebeke furent interrompues par le retour de Mickle. Il repoussa la tenture et entra en marche arrière, porteur d’un plateau. À côté du verre de vin s’y trouvaient une assiette de fruits coupés en tranches, de minuscules morceaux de fromage et des petits biscuits moelleux. Mickle posa le plateau et ses yeux passèrent de Jace à Rebeke. Il entreprit d’arranger l’assiette d’un air renfrogné tout en l’accablant de reproches.

— Regarde-la. Tu n’as jamais su te retenir. Tu me l’as épuisée : elle est livide, presque inconsciente. Je savais que tu allais trop lui en demander. Tu as eu ta réponse, non ?

— Oui. (Rebeke s’exprimait sèchement.) Nous avons parlé. Elle ne souhaite pas repartir.

— Exactement comme je te l’avais dit. Mais non, tu es devenue trop sage pour croire un vieil homme sur parole, même s’il...

— Même s’il est myope comme une taupe. Regarde-la, Mickle, et arrête de dérailler. Son corps souffre simplement du mal de l’eau, comme cela pourrait arriver à n’importe quel étranger à Jojorum. Remporte ton plateau. Ne lui donne plus que de l’eau, portée à ébullition puis laissée à refroidir, accompagnée de petits morceaux de fromage pendant un jour ou deux. Puis fais-lui prendre du pain noir avec du lait qu’on a fait bouillir et refroidir, pendant le reste de la semaine. Elle en ressortira en pleine forme.

Elle tourna de nouveau son regard acéré en direction de la femme dans le lit. Jace s’était légèrement reprise, mais son regard n’était plus que celui d’une femme malade et épuisée. Elle ignorait sa véritable nature, même si ce n’était plus le cas de Rebeke. Mieux valait que cela reste ainsi. L’esprit de la Ventchanteuse était fasciné par cette énigme et elle ne put se retenir de demander :

— Vous ne changerez pas d’avis en ce qui concerne votre retour chez vous ?

Jace secoua lentement la tête. Mickle, lui, bondit sur ses pieds.

— Assez ! gronda-t-il. Elle t’a donné sa réponse et maintenant je te donne la mienne. Elle n’empruntera pas la porte. L’enfant et elle ne repartiront pas.

— De ce monde ou de chez toi ?

Les mots de Rebeke l’arrêtèrent net durant un instant, mais il reprit de plus belle :

— Ni de l’un, ni de l’autre. Ils sont ici et ils y resteront, dans un endroit où les choses sont arrangées pour eux et où ils sont bien traités. Et ce ne sont pas des mots en l’air, Rebeke.

— Je n’en doute pas, répondit-elle en laissant la tenture de la porte retomber derrière elle.

La porte du Limbreth
titlepage.xhtml
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_000.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_001.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_002.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_003.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_004.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_005.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_006.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_007.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_008.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_009.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_010.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_011.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_012.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_013.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_014.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_015.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_016.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_017.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_018.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_019.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_020.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_021.htm
Lindholm,Megan-[Ki et Vandien-3]La porte du Limbreth(The Limbreth Gate)(1984).French.ebook.AlexandriZ_split_022.htm